| | |  | | | | LES CHRONIQUES DE THOMAS les miserables | Descriptif
Artiste : LES MISERABLES Genre : Comédie musicale Du : 01/06/2010 Au : 31/12/2010 |
Des mois, des années que j’attendais…
«Les Miz», dans la langue qui a fait leur succès, enfin à Paris…
Je ne vais pas revenir sur les polémiques lors de la création de l’œuvre de Boublil et Schönberg en 1980, au Palais des Sports, dans la mise en scène de Robert Hossein… sachez juste qu’à l’époque, même si le public avait répondu présent, la presse et la critique n’avaient pas manqué de crier à l’infamie («Comment oser toucher, dénaturer, démanteler l’œuvre de Victor Hugo»… en bref, c’était la tendance de l’époque…).
Un producteur plus visionnaire et avec moins de parti pris (anglais, donc moins impliqué dans la polémique) à la simple écoute de l’album a décidé que ce serait LE show qui allait changer le monde de la comédie musicale à tout jamais…
Remaniements musicaux, réécriture des textes en anglais (le texte français original n’a quasiment aucun rapport avec la version définitive, seule la trame est restée)…
Et un succès planétaire à la clef ! C’est le spectacle le plus joué dans le monde depuis 25 ans et, dans chaque pays, tout est retraduit dans la langue dudit pays…
Sauf en France !
On peut se demander pourquoi… Choix des auteurs (conspués à l’époque et qui choisissaient ainsi de « punir » les méchants Français), choix du producteur (il conserve ainsi le même casting pour sa tournée, c’est une nouvelle production – décors, costumes – donc il amortit plus vite ses frais) ou tout simplement choix artistique, le texte anglais étant, à mon avis, bien plus puissant et beaucoup plus suggestif.
Fébrilité depuis le matin, excitation qui monte au fur et à mesure qu’approche l’heure du spectacle, limite à partir vers 16h30 pour être sûr qu’il ne se passe rien de fâcheux sur la route qui puisse nous retarder (distance entre chez nous et le Châtelet : 500 mètres… ne riez pas, TOUT peut arriver en 500 mètres…). Bref, à 20h nous sommes arrimés à notre 3ème rang de corbeille…
Les ingénieurs du son ont mis le paquet, le théâtre a été complètement re-sonorisé (énormes enceintes qui tombent de chaque côté et au-dessus de la scène, petites enceintes nichées dans les balcons), afin de recréer un son surround-dolby-THX… Bref, ça dépote au niveau des tympans !
L’orchestre se défoule, les chanteurs et les tableaux se succèdent, la scène se remplit et se vide de décors et de figurants, les personnages s’affirment, tout se passe bien… Je trouve néanmoins que la scène est bizarrement sous-exploitée… Les chanteurs sont souvent isolés dans des recoins, sans meubles, sans décors… Plateau trop grand ou production trop petite ?
Après la mort de Fantine, tout semble plus fluide, plus « habité »… Est-ce parce que j’attendais avec impatience le premier morceau de bravoure du show, le fameux et magique « I Dreamed a Dream » et que lorsque celui-ci a été passé, je me suis installé plus confortablement dans le spectacle ? Je ne sais pas, mais la magie a opéré réellement à partir de ce moment-là…
Pas besoin de vous résumer l’intrigue, non ? Valjean, Javert, Thénardier, Marius, Cosette, Eponine et Gavroche ça se trouve sur Google !
Tous sont brillants, vocalement irréprochables (sauf Rosalind James qui joue Eponine et qui a lancé un splendide couac dans son air du 2nd acte « On My Own »… morceau que j’attendais avec autant d’impatience que celui de Fantine (Madalena Alberto) au 1er acte…). Celui qui m’a le plus bluffé est Earl Carpenter qui joue Javert… J’ai été scotché à mon siège à chacun de ses airs.
Ce qui est bien dans Les Misérables, c’est que tous les quarts d’heure il y a un morceau de bravoure vocal ou un duo vibrant… Les scènes de transitions sont belles mais suffisamment modérées pour que nous reprenions notre souffle sans nous endormir… Mes amis puristes me pardonneront j’espère cette faiblesse pour des chansons à l’aspect parfois racoleur…
La mise en scène de Trevor Nunn et John Cairn est brillante, suffisamment descriptive pour que rien ne soit ambiguë mais tout de même allégée pour permettre un déplacement facile des éléments de décor et des chanteurs (très belle utilisation de projection de dessins réalisés par Victor Hugo lorsqu’il pensait illustrer son ouvrage, notamment dans la scène de la fuite dans les égouts… on s’y croirait !). La mort d’Eponine est frontale, celle de Gavroche suggérée mais efficace, le suicide de Javert est un modèle du genre ! (Ceux qui ne connaissent pas l’histoire originale doivent se dire que dans le genre festif, on fait mieux ! Ne vous bilez pas mes amis, à la fin Cosette et Marius se marient…).
L’ensemble pourrait être pesant, oppressant, mais l’énergie des personnages principaux, la fougue des combats sur les barricades et les éclats de rire provoqués par les époux Thénardiers oxygènent le tout.
Très beau spectacle, oui…
(à ce stade vous devez vous dire : où sont les vices cachés ?? J’ y arrive…)
Un agacement cependant… Je ne sais pas qui a traduit le texte en français pour le sur-titrage du spectacle, mais alors… Plus confus et compliqué ce n’aurait pas été possible… Par exemple, Jean Valjean voyant sa fin prochaine (encore un !!!) se retrouve entouré des fantômes de Fantine et Eponine. Fantine lui dit : « Take my hand, I’ ll guide you to salvation… » traduit par : « Prends ma main je t’emmène vers la lumière » (jusqu’ ici ça va à peu près…) et Valjean lui répond : « I am ready Fantine » (je suis prêt Fantine) et là c’est traduit, je n’exagère qu‘un petit peu, par : « Oui je vais te suivre dans un monde heureux où les oiseaux chantent etc… »… J’ai préféré me plonger dans la VO intensive et zapper la (mauvaise) traduction.
C’est le seul bémol de cette soirée.
Pour résumer : l’œuvre est suffisamment puissante pour éventuellement se passer de mise en scène (voir à ce propos le magnifique concert donné à l’Albert Hall de Londres pour les 10 ans du show. Un orchestre, des choristes et de somptueux solistes…), et je crois que même vêtus de peaux de bêtes, allongés sur scène, j’aurais aimé… Il y a dans ce spectacle tout ce qui me fait vibrer : des mélodies puissantes, des voix pleines et veloutées, du grand spectacle et un mariage à la fin… Heureux !
A la sortie, sur un nuage, notre ami Yves nous attendait à la porte et nous a donné des ballons avec l’affiche du spectacle imprimée dessus… Parce qu’il avait vu, à l’entracte que nous étions ravis comme des gosses… Merci Yves ! Et ces ballons ont ravi le petit gars de 5 ans maxi à qui nous les avons à notre tour offerts dans l’escalier en rejoignant la rue…
Le dernier spectacle de cette saison 2009/2010 au Châtelet a été à la hauteur de l’année écoulée…
Prochain musical dans cette salle à l’automne : Show Boat…
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